Rostan Chentouf : « Il faut travailler la communauté chorégraphique »

    Rostan Chentouf

    Directeur de la Place de la danse depuis février dernier, Rostan Chentouf trace les grandes orientations à venir du centre de développement chorégraphique national en mettant en avant la nécessité de travailler en réseau à l’échelle régionale. 

    A votre arrivée, la programmation de la saison avait déjà été conçue par Corinne Gaillard.
    Qu’y avez-vous apporté ? 

    J’ai conçu la programmation de la douzaine de résidences accueillies au Studio. J’ai aussi programmé quelques spectacles sur le dispositif Danses en territoires, notamment Dans la forêt, en partenariat avec les Bazis en Ariège, mais aussi Traverse, la Soulane et la scène nationale du Parvis dans les Hautes-Pyrénées. 

    Et Danses en territoires ?
    Ce dispositif expérimenté en 2022-2023 a été pérennisé par la Drac Occitanie, et participe d’une dynamique de coaccueil à l’échelle régionale. Doté de 40 000 euros, il a été conçu pour intensifier la présence de la danse sur des territoires qui ont des potentialités par leurs histoires et leurs savoirs sur le mouvement et le corps. Notre intervention en tant qu’acteur labellisé permet de pousser plus loin la politique publique dans des territoires isolés, en faisant aussi découvrir la danse comme processus de création. J’aimerais développer cette dynamique en diffusant la culture chorégraphique partout. Une réflexion est en cours avec La Maison Danse d’Uzès (CDCN). 

    Le développement des partenariats est votre fer de lance ? 
    C’est un moyen essentiel pour être au plus proche des problématiques de la filière et assurer la visibilité des oeuvres auprès du public. Il faut travailler la communauté chorégraphique. Ce travail de coopération a toujours été à l’œuvre à la Place de la Danse depuis 30 ans, mais je veux mettre l’accent dessus. Le réseau Danse créé il y a trois ans  va faciliter cette entreprise. Partis à quatre du constat de la dispersion des initiatives dans la région, nous sommes aujourd’hui 28 acteurs ! Nous sommes le seul réseau occitan soutenu par la Drac sur Mieux produire mieux diffuser. 

    Et la programmation ?
    Il faut d’abord être attentif aux artistes qui sont passés au CDCN et ont inventé de nouveaux langages, en étant à la recherche du geste chorégraphique de demain. Celles et ceux qui font le trait d’union entre les œuvres fortes du répertoire et l’expérimentation, en cultivant des gestes néo-archaïques, néo-expressionnistes, m’intéressent beaucoup également...Je peux citer émilie Labédan, Marlène Monteiro Freitas ou encore Tiran Willemse. Enfin, je souhaite élargir le champ des pratiques artistiques desquelles jaillit le geste chorégraphique. J’ai envie de collaborer avec le festival Synchro dédié aux ciné-concerts et avec la chorégraphe grecque Ioanna Paraskevopoulou, qui s’est intéressée aux gestes des bruiteurs dans le cinéma. Hors de France, j’aimerais aussi développer des liens avec l’Afrique, car j’entretiens avec ce continent une relation intime. 

    Que va apporter la Cité de la danse à Toulouse en 2028 ?
    C’est un outil adapté aux besoins de la filière et à notre cahier des charges. Il va générer une nouvelle dynamique à l’échelle régionale, notamment à travers son articulation avec Montpellier Danse. Mais il reste à savoir comment les partenaires publics vont participer à son fonctionnement et au projet artistique. En prévision de son ouverture, nous construisons une nouvelle manière d’envisager le financement de notre strucure, par la mise en place de projets artistiques sur le territoire du Grand Mirail. 

    Comment se projeter avec la baisse des aides publiques ?
    Notre budget prévisionnel 2024 s’élève à 1,4 million d’euros, composé à 70 % de subventions, dont 498 000 euros de la Drac Occitanie et 290 000 euros de la Ville de Toulouse, qui met à disposition gracieusement nos deux espaces. La conjoncture est inédite et très anxiogène. Mais je ne souhaite pas me résigner à arrêter la relation aux artistes et aux partenaires financiers, alors que rien ne nous a été notifié. Impacter le budget d’un seul maillon sera une entrave directe au fonctionnement de toute la filière. Les décisions prises en 2025 auront une empreinte durable sur le service public de la culture.  

    Propos recueillis par Armelle Parion

    En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°574

    Légende photo : Rostan Chentouf

    Crédit photo : D. R.